Intelligence émotionnelle : définition, exemples et exercices

Intelligence émotionnelle : définition, exemples et exercices

Intelligence émotionnelle : définition, exemples et exercices

Vous connaissez sans doute cette scène. Une remarque anodine en réunion, et vous sentez la colère monter sans comprendre pourquoi. Ou l'inverse : votre partenaire traverse une période difficile, vous voyez bien que quelque chose ne va pas, mais vous ne trouvez pas les mots. Ces situations très ordinaires touchent à une compétence que la recherche appelle l'intelligence émotionnelle.

L'intelligence émotionnelle désigne la capacité à identifier, comprendre, exprimer et réguler ses propres émotions, ainsi qu'à percevoir celles des autres. Contrairement à ce que l'on croit souvent, il ne s'agit ni d'un trait de caractère figé, ni d'un don réservé à quelques personnes particulièrement sensibles. C'est un ensemble de compétences qui s'apprennent, se travaillent et se renforcent tout au long de la vie.

Dans cet article, nous allons voir ensemble ce que recouvre précisément cette notion, quels en sont les quatre grands piliers, à quoi elle ressemble concrètement dans le quotidien, pourquoi elle est parfois difficile d'accès, et surtout comment la développer. Si vous vous êtes déjà dit « je ne comprends pas mes réactions », sachez que vous n'êtes pas seule — et que cela se travaille.

L'intelligence émotionnelle : définition et origines

Une définition précise

La définition de référence remonte à 1990. Les psychologues américains Peter Salovey et John Mayer décrivent alors l'intelligence émotionnelle comme « la capacité à percevoir ses propres sentiments et émotions et ceux d'autrui, à les distinguer les uns des autres, et à utiliser cette information pour orienter sa pensée et ses actions ».

Retenons trois idées de cette formulation. D'abord, l'intelligence émotionnelle concerne soi et les autres : il ne s'agit pas seulement d'introspection. Ensuite, elle suppose de distinguer les émotions entre elles — savoir que ce que l'on ressent est de la tristesse et non de la fatigue, de l'agacement et non de la peur. Enfin, elle a une finalité pratique : les émotions deviennent une source d'information utile pour décider et agir.

En 1997, Mayer et Salovey affinent leur modèle en quatre branches, organisées du plus simple au plus élaboré : percevoir les émotions, les utiliser pour faciliter la pensée, les comprendre, et enfin les réguler. Cette architecture reste aujourd'hui la référence dans la recherche universitaire.

De la recherche au grand public

Le terme s'est démocratisé en 1995 avec l'ouvrage du journaliste scientifique et psychologue Daniel Goleman, L'Intelligence émotionnelle. Goleman définit celle-ci comme la capacité à comprendre et gérer ses propres émotions et celles d'autrui, et propose un modèle organisé autour de quatre grands domaines que nous détaillons plus bas.

Son livre a eu un immense retentissement, notamment dans le monde de l'entreprise. Il a aussi contribué à quelques simplifications : non, l'intelligence émotionnelle ne prédit pas à elle seule la réussite professionnelle, et non, elle ne remplace pas les autres formes d'intelligence. La littérature scientifique distingue d'ailleurs plusieurs modèles — celui de Salovey et Mayer, centré sur les aptitudes mentales, celui de Reuven Bar-On et celui de Goleman, dits « mixtes » car ils intègrent aussi des traits de personnalité.

Ce que l'intelligence émotionnelle n'est pas

Beaucoup de confusions circulent. Développer ses compétences émotionnelles ne signifie pas devenir en permanence calme et souriante. Ce n'est pas non plus « rester positive » ni refouler ce qui dérange. Une personne dotée d'une bonne intelligence émotionnelle peut tout à fait se mettre en colère : la différence tient à ce qu'elle sait pourquoi, qu'elle le formule, et qu'elle choisit ce qu'elle en fait.

Autre malentendu fréquent : l'hypersensibilité n'est pas synonyme d'intelligence émotionnelle. Ressentir fort et savoir quoi faire de ce que l'on ressent sont deux choses distinctes. Nous consacrons d'ailleurs un article entier à mieux comprendre l'hypersensibilité et son accompagnement. Certaines personnes très réactives émotionnellement se sentent au contraire débordées, précisément parce que l'intensité n'est pas accompagnée d'outils de régulation.

Les quatre piliers de l'intelligence émotionnelle

Le modèle de Goleman organise l'intelligence émotionnelle en quatre domaines. On peut les voir comme quatre marches : chacune s'appuie sur la précédente.

1. La conscience de soi

C'est la capacité à reconnaître ce que l'on ressent, au moment où on le ressent, et à en comprendre l'origine. Cela suppose un vocabulaire émotionnel suffisamment fin. Entre « je vais mal » et « je me sens humiliée par ce que l'on m'a dit hier », il y a un monde : la seconde formulation ouvre une action possible.

La conscience de soi inclut aussi la perception des signaux corporels. Une gorge serrée, un ventre noué, des épaules remontées, un cœur qui s'accélère : le corps signale souvent une émotion avant que la tête ne l'ait nommée.

2. La gestion de soi

Ce deuxième pilier — la régulation émotionnelle — consiste à maîtriser ses impulsions et à adapter sa réponse à la situation. Attention au mot « maîtriser » : il ne s'agit pas d'effacer l'émotion, mais de ne pas la laisser dicter seule le comportement.

C'est particulièrement vrai pour les émotions dites difficiles : nous détaillons ce travail dans notre article sur comment gérer sa colère et ses émotions. Concrètement, cela ressemble à ce délai de quelques secondes entre l'irritation et la réponse. Ou à la capacité de ne pas envoyer immédiatement le message écrit sous le coup de la contrariété. C'est aussi la faculté de se calmer soi-même, de tolérer l'inconfort, et de rester orientée vers ce qui compte pour soi.

3. La conscience des autres, ou empathie

L'empathie est la capacité à percevoir et comprendre ce que vit l'autre, sans nécessairement le ressentir soi-même. Elle passe beaucoup par le non-verbal : le ton de la voix, le rythme du débit, la posture, ce qui n'est pas dit.

Elle suppose aussi une forme d'humilité. Comprendre l'autre implique d'accepter que son expérience diffère de la nôtre, et donc de suspendre nos propres interprétations le temps d'écouter.

4. La gestion des relations

Ce dernier pilier concerne l'usage social des trois précédents : savoir formuler un désaccord sans blesser, poser une limite sans agressivité, réparer après un conflit, soutenir quelqu'un sans le noyer de conseils.

C'est le domaine le plus visible de l'extérieur, et souvent le plus exigeant. Il mobilise en effet les trois autres compétences simultanément, en temps réel, et dans des situations qui nous mettent nous-mêmes sous tension.

Femme souriante au travail, intelligence émotionnelle au quotidien

Intelligence émotionnelle : des exemples concrets du quotidien

Les définitions restent abstraites tant qu'on ne les incarne pas. Voici des situations très ordinaires où l'intelligence émotionnelle se joue.

Au travail

Exemple 1 — Recevoir une critique. Votre responsable pointe une erreur devant l'équipe. Réponse peu régulée : se justifier immédiatement, ou se fermer et ruminer trois jours. Réponse plus intégrée : noter la vague de honte qui monte, reconnaître l'erreur en réunion, et demander plus tard un échange en privé sur la forme du retour.

Exemple 2 — Un collègue à cran. Une collègue vous répond sèchement. Interprétation automatique : « elle m'en veut ». Lecture plus fine : elle traverse peut-être une période difficile. Vous ne prenez pas la remarque personnellement, et vous lui demandez simplement si tout va bien.

Exemple 3 — Dire non. On vous propose un dossier supplémentaire alors que votre charge est déjà pleine. L'intelligence émotionnelle consiste ici à identifier la fatigue avant qu'elle ne devienne épuisement, puis à formuler un refus clair et non agressif : « je ne peux pas le prendre en l'état, voici ce que je peux faire à la place ».

Dans le couple et la famille

Exemple 4 — La dispute qui monte. Vous sentez le ton grimper. Plutôt que de continuer, vous nommez : « je suis en train de m'énerver, j'ai besoin de dix minutes et on reprend ». Nommer l'état émotionnel devant l'autre désamorce souvent l'escalade.

Exemple 5 — Le besoin caché derrière le reproche. « Tu n'es jamais là » exprime rarement un constat d'agenda. Entendre la solitude ou l'inquiétude derrière le reproche change complètement la réponse possible.

Exemple 6 — L'enfant en colère. Un enfant qui hurle pour un jouet n'est pas « capricieux » : son cerveau ne dispose pas encore des outils de régulation adultes. L'accompagner en mettant des mots — « tu es très en colère parce que tu voulais continuer » — lui enseigne précisément cette compétence.

Avec soi-même

Exemple 7 — Le réveil anxieux. Vous vous réveillez le cœur battant sans raison apparente. Plutôt que de vous reprocher d'être « stressée pour rien », vous cherchez ce que le corps signale : une échéance, un conflit non résolu, un manque de sommeil.

Exemple 8 — La décision difficile. Face à un choix professionnel, l'émotion n'est pas un parasite à éliminer. Le soulagement ou le serrement de gorge que provoque chaque option est une information à intégrer, aux côtés de l'analyse rationnelle.

Pourquoi est-ce parfois si difficile ?

Si ces compétences vous semblent hors d'atteinte, ce n'est ni un défaut de volonté ni un manque de caractère. Plusieurs facteurs entrent en jeu.

L'apprentissage familial et culturel

Les compétences émotionnelles s'acquièrent d'abord par imitation. Un enfant apprend à nommer ce qu'il ressent parce qu'un adulte l'a fait pour lui. Dans les familles où les émotions étaient tues, minimisées ou moquées, ce vocabulaire ne s'est pas construit — et il n'y a rien d'anormal à devoir l'apprendre à l'âge adulte.

S'y ajoutent des messages culturels puissants. Beaucoup de femmes ont intégré qu'exprimer de la colère était inconvenant, ce qui la transforme fréquemment en tristesse ou en culpabilité. Beaucoup d'hommes ont appris l'inverse. Ces filtres façonnent durablement notre rapport aux émotions.

L'alexithymie

Certaines personnes éprouvent une réelle difficulté à identifier et décrire leurs émotions : c'est ce que les cliniciens nomment l'alexithymie. Les études françaises et internationales, utilisant les échelles de Toronto, situent sa prévalence en population générale dans une fourchette large, de l'ordre de 8 à 23 % selon les travaux et les seuils retenus.

L'alexithymie n'est pas une maladie en soi, mais un trait qui complique l'accès à la vie émotionnelle. Elle est associée à une plus grande vulnérabilité aux douleurs chroniques et aux troubles anxio-dépressifs. Elle se travaille très bien en accompagnement psychologique.

Le stress chronique et l'état du corps

Une évidence trop souvent oubliée : la régulation émotionnelle demande des ressources. Sous stress prolongé, en manque de sommeil, en douleur ou en période de bouleversement hormonal, les capacités de recul diminuent mécaniquement.

C'est particulièrement net lors du post-partum, de la périménopause ou d'un burn-out. Se sentir soudain « à fleur de peau » dans ces contextes n'est pas une régression : c'est un signal physiologique qui mérite d'être entendu plutôt que combattu.

Les signes d'une intelligence émotionnelle en difficulté

Ce que l'on observe chez soi

Plusieurs manifestations reviennent souvent en consultation :

  • des réactions disproportionnées suivies de culpabilité
  • l'impression de ne pas savoir répondre à « comment te sens-tu ? »
  • une tendance à somatiser : maux de tête, tensions cervicales, troubles digestifs sans cause identifiée
  • des ruminations qui tournent en boucle sans se transformer en action
  • une difficulté persistante à poser des limites, suivie de ressentiment
  • l'évitement des conversations difficiles, avec des conflits qui s'accumulent

Aucun de ces signes pris isolément n'a valeur de diagnostic. C'est leur répétition et leur retentissement sur la vie quotidienne qui comptent.

Ce que cela produit dans les relations

Les difficultés de régulation se lisent souvent dans les liens avant de se lire en soi : conflits répétitifs sur les mêmes sujets, sentiment d'être incomprise, épuisement relationnel, ou au contraire distance croissante avec les proches.

Une remarque importante : ces observations valent pour vous, pas contre vous. L'objectif n'est pas de dresser un procès de votre fonctionnement, mais de repérer ce qui mérite d'être soutenu.

Quand consulter un professionnel

Travailler son intelligence émotionnelle relève souvent du développement personnel. Mais certaines situations appellent un accompagnement.

Il est utile de consulter un psychologue à Paris ou un professionnel de santé lorsque :

  • l'intensité émotionnelle vous empêche de travailler, dormir ou maintenir vos relations
  • vous vous sentez anesthésiée, coupée de vos ressentis depuis plusieurs semaines
  • l'irritabilité ou la tristesse s'installent au-delà de quelques semaines
  • vous traversez une période charnière : grossesse, post-partum, deuil, séparation, ménopause
  • votre entourage s'inquiète de changements que vous ne percevez pas

Signaux d'alerte — consulter sans attendre

Certaines manifestations imposent un avis rapide : idées suicidaires ou pensées de mort récurrentes, incapacité à assurer les gestes du quotidien, consommation d'alcool ou de substances pour tenir, sentiment de perte de contact avec la réalité, ou, en période périnatale, pensées inquiétantes concernant votre bébé. Dans ces cas, contactez votre médecin traitant, le 15, ou le 3114 — le numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24h/24.

Comment développer son intelligence émotionnelle : les accompagnements possibles

Les compétences émotionnelles s'entraînent. La recherche montre que certains aspects peuvent être enseignés et qu'ils tendent à se renforcer avec l'âge et l'expérience. Voici les principales voies d'accompagnement.

L'accompagnement psychologique

C'est la voie la plus directe. Un psychologue vous aide à identifier vos émotions, à comprendre ce qu'elles signalent, et à construire des réponses plus ajustées. Selon les approches, le travail portera sur les schémas de pensée automatiques, sur l'histoire relationnelle, ou sur des exercices concrets de régulation.

Les thérapies cognitives et comportementales, notamment, proposent des outils très opérationnels : repérage des pensées automatiques, restructuration cognitive, exposition progressive aux situations évitées. D'autres approches, comme la thérapie centrée sur les émotions ou la pleine conscience, travaillent davantage l'accueil du ressenti.

Quelques séances suffisent parfois à débloquer une situation. Il n'est pas nécessaire d'aller « très mal » pour consulter : beaucoup de personnes viennent avec un objectif précis, comme mieux gérer leur colère ou apprendre à poser des limites.

Le suivi psychiatrique

Lorsque la difficulté émotionnelle s'inscrit dans un trouble anxieux, dépressif ou bipolaire, l'intervention d'un psychiatre devient utile. Médecin spécialiste, il pose un diagnostic, évalue la pertinence d'un traitement médicamenteux et coordonne la prise en charge avec le psychologue.

Consulter un psychiatre n'implique pas nécessairement un traitement. Beaucoup de consultations servent d'abord à faire le point et à orienter.

Le rôle du médecin généraliste

Le médecin généraliste est souvent la porte d'entrée la plus simple. Il évalue le retentissement global, écarte une cause organique — un dysfonctionnement thyroïdien ou une carence peuvent mimer une labilité émotionnelle — et oriente vers le bon interlocuteur.

Il assure aussi le lien avec les autres professionnels et le suivi dans la durée, ce qui compte particulièrement lors des périodes longues.

L'accompagnement en période périnatale

La grossesse et le post-partum bousculent profondément l'équilibre émotionnel. La sage-femme joue ici un rôle central : entretien prénatal précoce, consultations de suivi, visites post-natales, séances de préparation à la naissance sont autant d'espaces où ces questions se parlent.

Ces temps d'échange permettent de repérer précocement une souffrance psychique et d'orienter, si besoin, vers un accompagnement spécialisé.

Le travail corporel

Les émotions se vivent dans le corps. Un ostéopathe ou un kinésithérapeute peut aider à relâcher des tensions installées — nuque, diaphragme, mâchoire — qui entretiennent un état d'alerte permanent.

Ce travail ne remplace pas un accompagnement psychologique, mais il le complète utilement, en particulier chez les personnes qui somatisent. Retrouver une respiration ample, c'est aussi retrouver de la marge de manœuvre émotionnelle.

Groupe en conversation, intelligence émotionnelle et gestion des relations

Notre approche pluridisciplinaire chez Kaliora

Chez Kaliora, nous croyons qu'on ne découpe pas une personne en tranches. Une femme qui consulte pour une irritabilité inhabituelle peut relever d'un accompagnement psychologique, d'un bilan médical, d'un travail corporel, ou des trois à la fois.

Nos deux centres — Paris 14e (Montparnasse) et Paris 15e (Motte-Picquet) — réunissent médecins généralistes, psychiatres, psychologues, sages-femmes, ostéopathes, kinésithérapeutes et diététiciennes dans un même lieu. Cette proximité change concrètement les choses : les orientations se font simplement, sans que vous ayez à tout réexpliquer à chaque étape.

Nous accordons une attention particulière aux périodes de transition — grossesse, post-partum, périménopause — pendant lesquelles la vie émotionnelle est particulièrement mouvante. Ces moments ne sont pas des parenthèses à traverser en serrant les dents ; ce sont des périodes où un accompagnement fait une vraie différence.

Vous êtes accueillie sans jugement, quel que soit votre point de départ. Ne pas savoir nommer ce que l'on ressent n'est pas un aveu de faiblesse : c'est simplement un point de départ.

Cinq exercices pratiques pour progresser au quotidien

Voici des pratiques simples, validées par l'usage clinique, à intégrer progressivement. Inutile de tout adopter d'un coup — une seule habitude tenue vaut mieux que cinq abandonnées.

1. Le scan émotionnel de trois minutes. Une fois par jour, arrêtez-vous et posez-vous trois questions : qu'est-ce que je ressens dans mon corps ? Quelle émotion cela pourrait-il être ? De quoi cette émotion m'informe-t-elle ? Pourquoi ça marche : nommer une émotion réduit son intensité et redonne du recul. En pratique : associez l'exercice à un moment fixe, par exemple le trajet du retour.

2. Enrichir son vocabulaire émotionnel. Remplacez « ça va » ou « je suis stressée » par des termes plus précis : déçue, agacée, inquiète, soulagée, nostalgique, débordée. Pourquoi ça marche : plus la nuance est fine, plus la réponse peut être ajustée. En pratique : gardez une liste de vingt émotions dans votre téléphone et consultez-la quand vous cherchez le mot juste.

3. La pause de six secondes. Face à une montée émotionnelle forte, imposez-vous une expiration lente avant toute réponse. Pourquoi ça marche : le pic physiologique d'une émotion intense retombe en quelques dizaines de secondes ; ce délai suffit souvent à éviter la réaction que l'on regrette. En pratique : expirez sur six temps, plus longuement que vous n'inspirez.

4. Le journal des déclencheurs. Notez brièvement, deux à trois fois par semaine, les situations qui vous ont fait réagir fortement, et ce qui s'était passé juste avant. Pourquoi ça marche : les déclencheurs se répètent, et les repérer permet de les anticiper. En pratique : trois lignes suffisent — situation, émotion, intensité sur dix.

5. L'écoute sans solution. Lors d'une conversation où quelqu'un vous confie une difficulté, résistez à l'envie de conseiller. Reformulez plutôt : « si je comprends bien, tu te sens... ». Pourquoi ça marche : la reformulation développe l'empathie et fait davantage baisser la tension que le conseil. En pratique : essayez sur une conversation par semaine.

À ces cinq pratiques s'ajoutent des fondamentaux que l'on néglige facilement : dormir suffisamment, bouger régulièrement, limiter l'alcool. La régulation émotionnelle est aussi une affaire de physiologie.

Entretenir ses compétences émotionnelles dans la durée

Développer son intelligence émotionnelle n'est pas un projet à cocher. C'est une pratique qui se maintient, et qui connaît des reculs lors des périodes de fatigue ou de bouleversement.

Trois repères aident à s'inscrire dans la durée. Premièrement, accepter la régression : perdre ses moyens en période de stress intense est normal, pas un échec. Deuxièmement, entretenir un environnement relationnel où l'expression émotionnelle est possible — les compétences s'atrophient dans les milieux où l'on ne peut rien dire. Troisièmement, faire des points réguliers, seule ou avec un professionnel, sur ce qui a changé.

Chez les enfants, cet apprentissage se joue très tôt. Mettre des mots sur ce qu'ils traversent, valider l'émotion tout en encadrant le comportement, montrer l'exemple en verbalisant les vôtres : ces gestes simples construisent des ressources durables.

Enfin, souvenez-vous que progresser ne signifie pas ressentir moins. Cela signifie être moins souvent débordée, se remettre plus vite, et se sentir plus juste dans ses relations. C'est un chemin, et il commence là où vous êtes.

FAQ — vos questions fréquentes

L'intelligence émotionnelle peut-elle vraiment se développer à l'âge adulte ?

Oui. Contrairement à une idée reçue tenace, il ne s'agit pas d'une caractéristique fixée dans l'enfance. Les travaux de recherche indiquent que les compétences émotionnelles tendent à se renforcer avec l'âge et l'expérience, et que certains de leurs aspects peuvent être enseignés. Un accompagnement psychologique structuré, une pratique régulière d'observation de soi et des exercices ciblés produisent des changements observables. Le rythme varie selon les personnes et le point de départ, mais aucune situation n'est figée. Les périodes de transition de vie, souvent inconfortables, sont d'ailleurs des moments particulièrement propices à ce travail.

Quelle différence entre intelligence émotionnelle et hypersensibilité ?

Ce sont deux réalités distinctes, souvent confondues. L'hypersensibilité désigne une réactivité émotionnelle et sensorielle plus intense que la moyenne : on ressent plus fort, plus vite, plus longtemps. L'intelligence émotionnelle, elle, concerne la capacité à identifier, comprendre et réguler ce que l'on ressent. Une personne hypersensible peut avoir une intelligence émotionnelle très développée, ou au contraire se sentir constamment débordée faute d'outils de régulation. L'inverse existe également. Ces deux dimensions se travaillent bien ensemble en accompagnement, l'objectif n'étant jamais de ressentir moins, mais de mieux composer avec ce que l'on ressent.

Faut-il consulter un psychologue ou un psychiatre ?

Le psychologue accompagne par la parole et par des outils thérapeutiques : c'est l'interlocuteur privilégié pour travailler la conscience et la régulation émotionnelles. Le psychiatre est un médecin : il pose un diagnostic, peut prescrire un traitement et intervient lorsque la difficulté s'inscrit dans un trouble anxieux, dépressif ou bipolaire caractérisé. Les deux ne s'opposent pas et travaillent souvent ensemble. En pratique, si vous hésitez, commencer par votre médecin généraliste est une bonne option : il évalue la situation globale, écarte une cause médicale et vous oriente vers le professionnel adapté.

Comment aider mon enfant à développer ses émotions ?

Trois leviers sont particulièrement efficaces. D'abord, nommer : mettez des mots sur ce que vous observez chez lui, « tu es déçu que ça s'arrête maintenant ». Ensuite, valider l'émotion tout en encadrant le comportement : on a le droit d'être en colère, pas de taper. Enfin, montrer l'exemple en verbalisant vos propres états, y compris vos difficultés, de façon adaptée à son âge. Les enfants apprennent principalement par imitation. Inutile de viser la perfection : un parent qui répare après s'être emporté enseigne une compétence précieuse, celle de la réparation relationnelle.

Les émotions négatives sont-elles à combattre ?

Non, et c'est un point essentiel. Chaque émotion remplit une fonction : la peur signale un danger, la colère une limite franchie, la tristesse une perte, la culpabilité un écart avec nos valeurs. Chercher à les supprimer revient à débrancher un système d'alarme utile. Le travail consiste plutôt à les accueillir, comprendre ce qu'elles signalent, et choisir ce que l'on en fait. La difficulté ne vient pas de l'émotion elle-même, mais de son intensité disproportionnée, de sa durée excessive ou de l'absence de réponse adaptée. C'est précisément là que l'accompagnement est utile.

En résumé

L'intelligence émotionnelle n'est ni un don, ni un trait de caractère : c'est un ensemble de compétences — conscience de soi, gestion de soi, empathie, gestion des relations — qui s'apprennent et se renforcent à tout âge. Elle ne consiste pas à ressentir moins, mais à mieux comprendre ce que l'on ressent et à en faire quelque chose d'utile.

Si vous souhaitez être accompagnée dans ce travail, nos psychologues à Paris reçoivent dans nos deux centres, à Montparnasse et à Motte-Picquet. Un premier rendez-vous suffit souvent à y voir plus clair et à définir ensemble ce qui vous serait le plus utile. Vous pouvez découvrir l'ensemble de l'équipe de soignants qui vous accueille chez Kaliora et choisir le professionnel avec lequel vous vous sentirez le plus à l'aise.

Prendre soin de sa vie émotionnelle n'est pas un luxe. C'est une part entière de la santé.

Sources

  • Mayer J.D., Salovey P., Caruso D., What is Emotional Intelligence?, University of New Hampshire, version 2017 — scholars.unh.edu
  • Goleman D., L'Intelligence émotionnelle, Robert Laffont, 1997 (édition originale 1995)
  • « L'alexithymie dans les conduites de dépendance et chez le sujet sain : valeur en population française et francophone », Annales Médico-Psychologiques, 2010
  • Haute Autorité de Santé, Épisode dépressif caractérisé de l'adulte : prise en charge en soins de premier recours, recommandation validée en octobre 2017 — has-sante.fr
  • Assurance Maladie (Ameli), Dépression : symptômes, diagnostic et évolutionameli.fr
  • 3114, numéro national de prévention du suicide — 3114.fr

Ces informations ne remplacent pas une consultation médicale. En cas de doute, consultez un professionnel de santé.

Anna Malézieux
Anna Malézieux

Sage-femme

Sage-femme au centre Kaliora, Anna accompagne les femmes à chaque étape de leur vie gynécologique et obstétricale, avec une approche bienveillante et personnalisée.

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